12 mai 2008
Quant j'antand le mot culturre, je sort mon révolvaire..
La colline de la Croix-Rousse est le bastion lyonnais de toutes les rébellions. Tremblez, petits Franco de l'orthographe, on ne va pas se laisser impressionner par l'autoritarisme réactionnaire de vos dictionnaires bourgeois !
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11 mai 2008
"Interdisons les partis nazis – Hitler aussi a été élu"
Je suis bien d'accord avec cette revendication, éditée par le SCALP et collée sur les murs de l'inénarrable quartier de la Croix-Rousse. Mais si je partage la même méfiance envers la démocratie et l'hygiénisme funeste dont elle est capable, je crains que nous voyions pas venir la menace nazie du même côté de l'échiquier idéologico-politique...
Je vous propose de relire ma note du 23 avril 2008 en guise de réponse. Suivez les flèches : >>>.
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08 mai 2008
Shanghai. [3]
Être en Chine, ce n'est pas comme être en Belgique ou en Italie. Être en Chine fait de vous un analphabète complet, plus rien ne vous est familier car un simple mot vous est hermétique. Vous voilà incapable de savoir si l'écriteau que vous avez sous les yeux vous indique la composition du plat du jour ou l'adresse du service des plaques minéralogiques. En fait, cet hermétisme n'est pas seulement linguistique : il recouvre l'ensemble des us et des coutumes. Le saut culturel est autrement plus vertigineux qu'une escapade scolaire à Canterbury, une semaine de vacances entre potes à Lisbonne ou un séjour Erasmus à Barcelone. On découvre un tout autre sens du savoir-vivre.
Il faut bien garder en tête cette notion essentielle : la Chine est obsédée par la question de sa bonne image. Les Jeux Olympiques approchant à grands pas, l'image du savoir-vivre chinois est l'objet de grandes préoccupations. Les pictogrammes interdisant de cracher font florès, par exemple. On est prié de ne pas cracher dans les rames du métro, dans les bâtiments publics, etc. Car en Chine, on ne s'emcombre pas d'un mouchoir dans sa poche ; sitôt incommodé par ses humeurs, on se râcle bruyamment la gorge, on renifle sans discrétion, on expectore sans façon, on expulse l'objet de son tracas d'un coup de narine ou d'un jet saliveux, sans intermédiaire entre soi et le sol. C'est parfois tue-l'amour mais c'est ainsi. Dans les toilettes, vous ne trouverez pas forcément de verrou à votre porte, et d'ailleurs vous ne trouverez pas forcément de porte. Et vous ne ferez pas forcément vos besoins dans un réceptacle ad-hoc. Les métropoles font toutefois de grands efforts pour y remédier, toutes attentives qu'elles sont à leur bonne image. On vous demandera parfois, au moyen d'une note écrite, de ne point déféquer dans la cuvette ["No shit"] ou de bien vouloir vous approcher un peu de l'urinoir pour qu'icelui remplisse complètement son effet ["A step up closer keeps it cleaner"].
On peut trouver que l'espace public est sale à bien des égards, de même que le sont les cuisines des bouis-bouis et les façades sans âge des immeubles de béton ; on peut mal supporter l'absence quasi-totale de courtoisie [la seule idée de faire la queue n'effleure personne devant un guichet ; on n'attend pas que les gens aient fini de sortir du wagon pour y entrer à son tour ; on ne peut se fier à aucun prix affiché ; on joue en permanence des coudes et du bagou pour obtenir son dû ; etc.], il n'empêche qu'on trouve un lot inattendu d'autres politesses : on peut très bien vivre pressés les uns contre les autres au quotidien sans pour autant sombrer dans la violence, et sans pour autant sentir des dessous-de-bras – prouesse admirable au sein d'un métro bondé par temps de canicule. On est encore prié de recevoir une carte de visite à deux mains pour montrer sa bienveillance, on peut aussi marcher dans la rue sans craindre l'attaque d'un pickpocket ou d'un malfrat, de façon générale on a peu à craindre pour ses effets personnels, même au cœur de la nuit dans un coin sombre. Vous ne verrez pas le moindre graffiti sur les murs. Il faut dire aussi que la seule délinquance d'opinion vous conduit au goulag.
Quant à l'embarquement dans un train, il se mène tambour battant après avoir poireauté deux heures dans une immense salle d'attente aussi remplie que folklorique : une fois les guichets ouverts, la ruée populaire s'engouffre comme un torrent dans les couloirs et les passages souterrains jusqu'au quai, et moins d'une minute plus tard le convoi démarre sans avoir oublié personne. De l'art d'une certaine discipline collective.
Une autre politesse inattendue est celle de la quantité du personnel de service. Dans notre train, se trouvent une ou deux personnes par voiture, entièrement dévolues au confort des passagers. Elles vous proposent à manger, à boire, vous servent de l'eau chaude à volonté – tout voyageur emporte avec lui son thermos de thé –, sont simplement là pour que vous puissiez trouver immédiatement une réponse à vos sollicitations. Aux carrefours, dans les boutiques, dans les administrations, derrière les guichets des hôtels, dans les salles de restaurants, il y a toujours une étonnante quantité de gens pour vous servir. La contrepartie de cette attention, c'est l'invraisemblable lenteur et l'inssuportable complexité des procédures qu'on vous offre trop souvent en retour...
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06 mai 2008
Puisqu'on en parle.
On a coutume de dire que le Réactionnaire est volontiers passéiste ou rétrograde, qu'il n'aime ni le changement ni le progrès, qu'il frise avec les intégrismes ou les fanatismes, ou encore qu'il conspue l'idéal démocratique et nie l'humanisme. On dit encore bien des choses, on en sous-entend davantage, on observe par le petit bout de la lorgnette l'ennuyeux enculage de mouches qui tient le monde moderne en haleine, on échafaude aussitôt des procès : grand-boutiens et petit-boutiens se livrent une guerre sans merci sous les cieux de Lilliput.
On oublie de dire, au prix d'une audacieuse lapalissade – voici où nous en sommes rendus – que le Réactionnaire réagit.
Foin d'une quelconque sclérose de l'esprit, la Réaction est un salut hors de l'enfer que nous promettent les utopistes enragés et les ravis-de-la-crèche consensuels.
La Réaction témoigne avant tout d'un attachement supérieur à la liberté en ce sens qu'il convient de n'adhérer pas, et de toujours trouver au cœur des tourments temporels l'irréductible et nécessaire Lumière. On n'impose rien au Réactionnaire qui ne soit soumis à l'exigence de la liberté, de la vérité, et de la beauté.
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01 mai 2008
Shanghai. [2]
People's Square. Place centrale de la ville. Autour de nous, les buildings de verre et de béton. Les enseignes lumineuses, les écrans géant, les centres commerciaux clinquants. Ici, c'est la vitrine de la Chine moderne. Tout proche, Nanjing Road mène jusqu'aux berges du fleuve, la profusion de néons et d'enseignes à l'occidentale nous sollicite alors que nous marchons le long cet axe piétonnier majeur, bordé de hauts immeubles de style international. Le flot de la foule est impressionnant. Notre vitrine à nous, c'est nos visages d'occidentaux, et les vendeurs à la sauvette ont tôt fait de nous repérer pour nous refourguer leur camelote. "Watch ? Bag ?" "WatchBag ?" "Watcha ? Bagga ?" "Watchabag ?" "Watchaz ? Bagz ?" ils disent tous la même chose, dans un anglais assez appromatif. Il ne faut pas les ignorer, sinon ils vous suivent et continuent de vous harceler. Il ne faut pas non plus accorder un seul regard à leur prospectus, ce serait leur faire croire que vous êtes vraiment très intéressé par leur marchandise en toc. En fait, pour s'en débarrasser, il faut les envoyer chier. Ils ne se vexent pas.
Les vitrines arborent, sans vergogne, des logos et des slogans imités des grandes marques et revendiqués comme tels. Imitation Nike, imitation MacDo, imitation Reebok, imitation Lacoste, imitation Starbuck ; les contrefaçons ont pignon sur rue, cela ne gêne personne. Le pillage du marketing fait partie des lois du commerce ordinaire chinois. Il est d'ailleurs quasiment impossible d'acheter un disque qui ne soit pas une production pirate, même dans un magasin tout à fait officiel. Je trouve une belle paire de chaussures de marque "Liv Tyler" et l'achète. Liv Tyler – la vraie – est-elle seulement au courant ?
Les centres commerciaux succèdent aux centres commerciaux, avec leurs escalators sur sept niveaux, leurs cafétarias bruyantes, leurs vendeurs en uniformes, leurs séductions ordinaires et standardisées. Dans ces endroits, les prix sont très élevés. Les jeunes qui y traînent sont la nouvelle génération privilégiée. Les jolies filles tentent d'imiter la mode occidentale ; le résultat n'est pas vraiment classe mais c'est tout à fait charmant. Je les regarde avec amusement, elles me regardent avec amusement aussi. Brisez la glace en disant bonjour, vous aurez en retour un rire ravi, des mains qui s'agitent, des sourires qui bafouillent, des "hello !" confus, des étoiles plein les yeux. L'occidental est admiré. On se sent incroyablement séduisant, c'est assez grisant. J'achète une veste ; un joyeux essaim de vendeuses m'accompagne, me guide, me conseille, rit, sourit, rougit, se met en quatre pour moi. On m'offre la cravate qui va avec, puis on se dit "Bye bye" en souriant. Avis aux célibataires.
Tout au bout de Nanjing Road, c'est le Bund, une promenade qui longe le fleuve. En face, sur l'autre rive, c'est Pudong. Le panorama-vitrine s'y étale encore : la skyline se veut new-yorkaise. Une forêt de tours s'y concentre, plus hautes et plus neuves que les autres, àl'exception de la "Perle de l'Orient", curiosité touristique ultrakitsch et hyper-ringarde des années 80 [?] à mi-chemin entre la Tour Eiffel et l'Atomium. Pourtant, il suffit de bifurquer au premier coin de rue pour découvrir autre chose que ce portrait officiel de la Chine moderne. Très vite, on s'enfonce dans des rues sales et étroites, où l'on vous vend tout et n'importe quoi au bord du trottoir. Il suffit de quatre mètres carrés pour ouvrir une échoppe de réparation mécanique, un restaurant ou un salon de coiffure. Un technocrate bruxellois deviendrait fou face à cette superbe ignorance des mots "norme" ou "conformité". Après quelques pas hors de l'agitation des grands axes, le coût de la vie est divisé par dix. On se régale de merveilles gastronomiques cuisinées entre un WC de fortune et une pile de vaisselle sale. Il vaut mieux connaître un peu de chinois pour dénicher les meilleurs plats. Nous ferons des festins à chaque repas.
Les vieux quartiers sont par endroits parcourus de palissades : on démolit par hectares entiers, sans le moindre état d'âme. Évidemment, ce sont des tours de logements qui sortiront de terre. Selon la taille du terrain libéré, on construira quatre, six ou huit immeubles rigoureusement identiques. À moins que le chantier ne finisse abandonné en cours de route, comme on le voit parfois. Du passé faisons table rase, voilà le meilleur préambule qui soit à l'édification d'une société dominée par la marchandise et la compétition sauvage.
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30 avril 2008
Couillu.
Moi aussi, si je veux, je fais de la provoc' : les goulags sont un détail de l'histoire du communisme. Allez, et plutôt deux fois qu'une : les goulags sont un détail de l'histoire du communisme. Hop, j'en rajoute une couche : Katyn, ou encore la Kolyma, sont des détails de l'histoire de l'URSS.
Vous avez vu ? je suis un rebelle, je défie les tabous de notre époque !
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29 avril 2008
Shanghai. [1]
Sur le ruban autoroutier, le bus nous conduit de l'aéroport au centre-ville. Dans le trafic, se presse un troupeau bigarré de taxis, de camionnettes de chantier, de camions remplis de merdier indéfinissable, de transports en commun en tous genres. Et, au milieu de ces mécaniques crasseuses et puantes de vieux pétrole brûlé, les escadrons flambant neufs de la nouvelle upper class se taillent un chemin. Buick, Chevrolet, Chrysler, BMW ; ceux qui ont des moyens en ont beaucoup et le font savoir. On est richissime ou on est humble ; on parade ou on se débrouille. Pas de classe moyenne, juste une immensité de prolétaires gagnés par une avidité consumériste vertigineuse. Cohue fébrile.
Depuis mon siège, je regarde. On nous regarde aussi. Nous autres occidentaux sommes habitués à croiser dans nos rues des visages de tous types et de toutes origines. En Chine, voir un occidental n'est pas forcément quotidien, et suscite la curiosité. J'apprendrai qu'il s'agit aussi d'envie et d'admiration. D'autres regards encore sont pointés sur moi et me parlent sans discontinuer : il y a la télé dans le bus. Tout y est propre, rosebonbon, sirupeux et souriant. Dehors une brume grise couvre la métropole. Hasard du climat ou chape de pollution ordinaire ? je ne verrai jamais l'horizon de Shanghai. La ville en paraît encore plus infinie. Les immeubles de béton défilent, tous identiques sur d'interminables kilomètres, tous mal-finis et sales, constellés d'une épidémie bubonique de climatiseurs. On vit au bord de l'autoroute, on s'y promène, on y fait sécher son linge sur des mâts de bambous hérissés sur les façades. Sous la mauvaise peinture et les enduits bâclés, on ne distingue pas les constructions neuves des habitats périmés.
Tous les deux-cents mètres, la publicité rythme notre parcours sur des panneaux énormes. La moitié vante le luxe des automobiles américaines. Les autres font la promotion des aciéries et des entreprises de construction. Nous empruntons des échangeurs titanesques, nous passons sous des sandwiches de viaducs, nous croisons des périphériques, nous louvoyons entre des bretelles suspendues au-dessus des buildings, finalement nous gagnons le cœur de la ville. Nous rejoignent alors les piétons, les vélos, les mobylettes, les pousse-pousse, les triporteurs, les scooters, les équipages motorisés fait maison ; tout ce qui roule est digne d'usage [hormis les patins à roulettes et les trottinettes pour adultes, réservées à l'idéologie occidentale du fun] et on découvre médusés qu'on peut trimballer à peu près n'importe quoi sur un simple guidon ou un porte-bagage de fortune. L'image de la fourmilière est alors assez pertinente.
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27 avril 2008
Portrait chinois [3] – Si j'étais une culture



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Portrait chinois [2] – Si j'étais un idéal


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Portrait chinois [1] – Si j'étais une couleur


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23 avril 2008
Liberté - Égalité - Choucroute
Pas eu beaucoup de temps pour rattraper l'actualité et les réactions de mes bloggeurs préférés depuis mon retour en "France". Avant de rédiger quoi que ce soit sur mon séjour en Chine, je tenais juste à faire un petit retour sur l'invraisemblable papelard que j'ai eu en main à mon départ, à l'aéroport. C'était un encart publié dans Le Monde, intitulé "Les cahiers de la compétitivité – Spécial HANDICAP – En place pour l'égalité des chances".
Douze pages de propagande bisounours, égrenant un chapelet de niaiseries démocratiques certifiées conformes au traditionnel catéchisme de la République-Française-pleine-de-Grâce. Plutôt que de vous en livrer le contenu, un rapide survol des titres des articles suffira à dresser le portrait de ce ramassis de merde pharisiano-communicante [il est interdit de rigoler] :
"Il est indispensable d'engager un effort commun de solidarité"
"Une vraie place pour les personnes handicapées dans l'emploi public"
"Les règles d'une société ouverte à tous"
"Accepter la différence de l'autre"
"Conjuguer performance et esprit citoyen"
"Une mobilisation de tous"
"Pour l'égalité de droit et de dignité"
"La personne handicapée est d'abord un citoyen"
"L'homme est au cœur de nos préoccupations"
On voudrait faire une parodie, on ne ferait pas mieux. Tout y est : l'Autre, la Différence, la Tolérance, le Citoyennisme, l'Ouverture, la Solidarité, etc., il ne manque personne. Pas même Louis Schweitzer, président de la Halde.
La veille, la veille !, une femme sortait du tribunal libre et la conscience immaculée après avoir tué sa propre fille handicapée, sous les vivats des petits prêtres de la dignité en seringue.
Ce sont les mêmes qui hurlent au droit à la différence et à l'acceptation de l'Autre au nom des Droits de l'Homme, les mêmes qui crient au scandale de la souffrance et qui n'attendent qu'un claquement de doigt pour euthanasier hic et nunc la ribambelle des estropiés et des invalides au nom de la Dignité.
Les bandes néonazies hystériques ne sont pas dans les stades, elles ne sont pas non plus dans les partis d'extrême-droite, pas plus que dans un quelconque groupuscule qui se réunirait en secret au fond d'un bois pour chanter des sieg-heil sous un solstice de carton-pâte. Non, je crois qu'elle siège de façon très officielle au sein des appareils du pouvoir.
Ils veulent un peuple sain, un peuple tout nouveau et tout beau, un peuple qui ne fume pas, un peuple qui mange sa quantité optimum de fruits et de légumes, un peuple qui ne boit pas d'alcool, un peuple qui élimine 98% des trisomiques détectés avant la naissance, un peuple à la fécondité planifiée, un peuple politisé dès qu'il est en âge de parler, un peuple qui peut éliminer ses vieillards et ses handicapés en pleine conformité avec la loi, un peuple fasciné par la race et dont le Métis est le nouvel Aryen, un peuple qui projette la démolition de dizaines d'églises et tait les scandales quotidiens des profanations chrétiennes, un peuple qui réécrit son Histoire pour servir sa légitimité, un peuple vigilant et délateur, un peuple tombé sous la seule emprise de l'émotivité collective, un peuple qui raille et conspue tout raisonnement structuré et argumenté, un peuple qui récompense l'Art en fonction de son adéquation avec l'idéologie avant tout autre critère, un peuple dont les enfants sont éduqués par l'État et la Télévision et non par leurs parents, un peuple qui ne mange ni trop salé ni trop sucré, un peuple qui ne grignote pas entre les repas, un peuple amputé de toute culture et de toute orthographe, un peuple qui marche au pas vers l'enfer sous les banderoles de la Dignité létale. Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais.
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22 avril 2008
Retour au pays.
Et bien, ce séjour chinois fut un drôle de voyage ! Je tâcherai de vous en raconter quelques bribes prochainement. En attendant, j'ai quelques heures de sommeil à rattraper. À bientôt !
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09 avril 2008
Chinita chinita.
Votre serviteur prend quelques jours de congés. Il sera sans doute plus diplomate que notre ami Torrente. Donde fueres, haz lo que vieres.
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¡No pasarán!
"Le Tibet aux Tibétains !"
Vous vous en doutez, une phrase aussi odieusement nationaliste, ethnocentrique, xénophobe, intolérante et antimétissage – en un mot nauséabonde – ne peut être hurlée que par des petits fascistes en goguette. Ose-t-on crier "La France aux Français !" dans les rues sans s'afficher publiquement comme un suppôt de la droite la plus dure et la plus extrême ? Certes non. Et bien voilà ; j'entends ici et là, dans les multiples captations télévisées qui se diffusent partout sur la Toile, que des centaines de fascistes, en plein Paris, réclament "Le Tibet aux Tibétains". Et pourquoi pas la Hollande aux Hollandais, comme le soutient cet abominable Geert Wilders !
Ces violents réactionnaires réclament – tenez-vous bien – le retrait des forces du Progrès et de l'Égalitarisme athée [j'ai nommé le système chinois révolutionnaire, populaire et démocratique, une bien belle prolongation de notre Révolution Française] au profit d'un obscur et obscurantiste roi-prêtre qui ferait vivre tout son peuple sous la houlette d'une superstition traditionnelle, archaïque et totalement antirationnaliste. Nous sommes au XXIème siècle, et quelques histrions illuminés voudraient encore priver le Tibet de la démocratie qu'il mérite, au profit d'une féodalité sans la moindre souveraineté populaire et sans la moindre trace de cet humanisme que nos Lumières ont voulu porter aux quatre coins du monde.
Je suis scandalisé.
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01 avril 2008
Sécurité Sociale.




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28 mars 2008
Pédiatrie.
Le malaise français est similaire à ces enfants qui meurent à petit feu d'ennui morbide et d'hystérie désespérée, et dont les parents disent, inquiets et perplexes : "je ne comprends pas, ils ont toujours eu tout ce qu'ils voulaient".
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27 mars 2008
"Le pays a sombré dans l'ignorance"
C'est sous ce titre terrifiant qu'on apprend que les écoles sont désormais aux mains des idéologues fanatiques ; que les programmes scolaires sont complètement révisés ; que les écoliers "de souche" se voient substitués par des nouvelles populations aux mœurs moins enclines au goût de l'effort et de la culture ; que la sélection aux examens est court-circuitée par le chantage de la mafia ; que les nouveaux écoliers n'attendent de toute façon qu'une seule chose : gagner leur vie en se livrant à divers trafics dans la rue ou en se joignant à des bandes armées.
C'est à lire dans le journal LyonPlus du jeudi 27 mars 2008.
Ah, j'oubliais de vous dire : c'est en Irak que ça se passe. Pas en France. Heureusement.
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26 mars 2008
Société moderne.
J'avais écrit cette courte note il y a quelques jours mais j'avais renoncé à la publier, estimant que je radotais un peu. Je m'aperçois qu'il ne faut pas avoir peur de radoter face à l'immensité de la crétinerie qu'il reste à dynamiter. Et d'avoir visionné l'échange entre François de Closets et Éric Zemmour me donne raison de publier finalement les quelques lignes suivantes.
Imaginez la société la plus moderne qui soit.
La plus moderne, c'est à dire la plus transparente, la plus solidaire, la plus vigilante, la plus laïque, la plus séculière, la plus citoyenne, la plus antiraciste, la plus sociale, la plus engagée, la plus militante, mais aussi la plus indifférentialiste ; il s'agit d'une société qui sollicite, surveille et contrôle ses citoyens en permanence, en actes comme en pensées. C'est une société qui ne considère ni les hommes, ni les femmes, ni les enfants ; elle n'admet l'existence que d'Enfants de la Patrie et de Citoyens [et de façon corrolaire, de Contribuables et de Consommateurs] . C'est une société qui, sous couvert de prendre en charge tout un chacun sous son aile, se voit obligée de concerner tout le monde par les questions de la Cité, donc de faire entrer les questions de la Cité dans les affaires privées de tout le monde. La société moderne, c'est celle qui politise tous les aspects de la vie, publique comme privée. Voyez le zèle que met l'État à politiser les enfants dès l'école primaire. La société moderne efface le nom et l'identité au profit de l'indépassable Solidarité [un membre de ma famille est en train de vivre l'enfer parce qu'il se trouve sans numéro de sécurité sociale ; sa contribution à la Solidarité pourrait bien ne jamais lui revenir parce qu'il n'existe pas en tant que numéro].
Bref, la société la plus moderne qui soit est tout simplement la plus totalitaire qui soit. Nul ne doit être indifférent aux questions publiques. Entendez les exhortations à aller voter.
"Vive l'hypocrisie ! L'hypocrisie c'est la civilisation, la transparence c'est la barbarie !"
Zemmour a mille fois raison, mais face à la démission de l'intelligence sur la scène publique, il se voit condamné à défendre l'hypocrisie pour s'opposer à la Transparence... Débat binaire verrouillé par le pharisianisme. [1]
L' "hypocrisie", c'est dire bonjour-merci-au-revoir à son boucher, même si son boucher est un connard imbuvable que tout le monde déteste unanimement et de toutes ses forces. La Transparence consisterait à ne jamais cacher quoi que ce soit, et à dire à son boucher toute la haine qu'on lui voue. Il s'agirait de ne pas mentir, de ne pas dissimuler, vous comprenez... La Transparence rend la vie publique – le vivre-ensemble après lequel courent tous les socialismes de la terre – littéralement infernale.
Et puisque Zemmour cite la paternité Franc-Maçonne des débats modernes – observez la grande gêne de François de Closets à cette évocation –, amusons-nous de constater combien les thuriféraires de la Transparence cultivent le secret de leur appartenance et de leur initiation, amusons-nous de constater que les hérauts de la Parité siègent dans des loges non-mixtes, amusons-nous en observant la couleur de peau des soldats de la Diversité et du Métissage...

[1] Voir ma note du 11 décembre 2007 >>>
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21 mars 2008
Joyeux Noël !
À l'ami Paratext.
Je comptais vous parler de ce tableau à Noël, mais comme je n'avais alors aucune reproduction de l'œuvre à disposition, j'avais dû y renoncer. À présent qu'une âme charitable m'en a fourni une image, je puis vous en entretenir, et vous allez voir qu'il n'est pas absurde de parler de "l'Adoration des Bergers" à Pâques.

Lorenzo Lotto – L'Adoration des Bergers – 1534
Au premier regard, on découvre une très belle Nativité. De gauche à droite, on reconnaît aisément les personnages de cette scène familière : Joseph, dans l'ombre ; l'âne ; Marie ; le bœuf ; deux bergers ; et derrière eux deux anges, les mains posées sur les épaules des bergers. Et tous les regards convergent vers l'enfant Jésus, centre d'attention de la scène. Symétrie de la composition, plénitude des couleurs, pénombre intimiste, sérénité des visages, cette atmosphère paisible et silencieuse nous offre le tendre spectacle d'un Enfant potelé qui joue avec un agneau.
Mais derrière la grâce de cette quiétude, Lorenzo Lotto nous offre une belle méditation, bien plus profonde et bien plus grave, pourvu de se laisser saisir par quelques signes.
Si vous vous laisser guider par votre intuition, c'est le regard des anges qui vous met sur la voie. En réalité, ils ne regardent pas l'Enfant : et s'ils le regardaient, nous seulement le tableau souffrirait d'un excès de monotonie [postures systématiques], mais la scène se trouverait entièrement centrée sur elle-même, sans appel vers l'extérieur [contemplation pure d'une scène dont est exclu]. Or l'artiste a le dessein de vous faire réfléchir, de vous proposer un chemin supplémentaire à celui de l'émotion visuelle : il vous propose le regarder en face le visage de l'ange, d'entrer dans l'espace sacré du tableau. L'ange regarde dans votre direction, il vous regarde presque, mais son regard est lointain ; il voit vers vous, mais comme à travers vous.

Et ce regard n'est pas celui de la joie, c'est un regard presque mélancolique, un regard empreint de gravité, à la fois détaché et pénétré. Quel sentiment l'empêche de sourire à la joie de Noël ? Et, à bien y regarder, les bergers ne sont pas à la fête non plus. Dieu se fait homme, un Sauveur est né, le mystère de l'Incarnation prend vie, mais une ombre d'in-quiétude plane.
Observons alors le tableau d'une autre manière, avec les outils de la raison. Cette fois, c'est la géométrie qui nous met sur la voie. Et lisons le tableau comme un texte, de la gauche vers la droite. Le tableau est symétrique. C'est alors qu'apparaît un mouvement, dessiné et souligné intentionnellement par le peintre : le regard descend vers l'enfant, l'enfant noue le cœur du tableau, puis le regard repart de l'autre côté, croisant celui des bergers et rejoigant celui des anges, où nous rencontrons de nouveau la clef du tableau dans l'énigmatique mélancolie.

Cette symbolique n'est pas anodine : le mouvement descendant, celui de la moitié gauche du tableau, c'est celui de l'Incarnation. Mouvement évident du Ciel vers la terre, du tout-puissant vers le tout-petit, du Verbe vers la chair, du Dieu fait homme. C'est là que se concentre le Mystère joyeux de Noël.
Alors, en symétrie, on comprend soudain tout le sens du mouvement ascendant qui habite la moitié droite du tableau ! C'est le mouvement de la terre vers le Ciel, le retour annoncé vers le Père, et la présence de la croix contre le ciel s'annonce comme la douloureuse promesse de la Passion au bout du chemin... Mystère douloureux de Pâques contenu dans l'espace du tableau.

Et cet Enfant qu'on voyait innocemment et joyeusement jouer avec un agneau, voici qu'il devient le nœud tragique de l'Incarnation, car son "jeu" est en réalité le face-à-face avec son propre sacrifice : l'agneau n'est pas seulement l'accessoire pittoresque d'une nativité pastorale, il devient l'instrument central du Plan Divin, à la fois le symbole et la chair de l'ultime sacrifice sanglant à venir.
Le regard de nos anges, sous cette lumière, a toutes les raisons de contenir de la gravité, car Lorenzo Lotto nous propose de voir outre la joie simple de Noël ; il nous propose aussi un bel exercice spirituel, où se croisent les chemins de la Terre et du Ciel, de l'Innocence présente et de la Mort annoncée, de la Joie actuelle et de la Douleur à venir, de la chair innocente du nouveau-né à la chair outragée du condamné à mort, de l'âme insufflée à l'âme rendue.
Mais ce Plan Divin, s'il est tragique sous les pinceaux de l'artiste, ne doit pas nous faire oublier cette notion primordiale : de bout en bout, la mission du Christ fut accomplie en toute liberté. Point de "destinée" dans le christianisme, les Évangiles ne cessent de rappeler le caractère libre des hommes, et de Jésus lui-même. "Si tu veux", dit-il en permanence. Jusque dans les tourments de la tentation, il reste libre de choisir la voie du Bien. J'évoque la notion de Liberté pour attirer votre attention sur ce détail : ce n'est pas un simple face-à-face, car l'Enfant tend les bras délibérément vers l'agneau, prémonition de l'acceptation de sa mission, jusqu'au sacrifice.

Lorenzo Lotto constelle encore son œuvre d'autres signes, et parachève son tableau en appuyant le caractère duel, et de sa composition, et des sentiments suscités : conformément à une symbolique usuelle, la forme carrée consacre la moitié gauche au domaine terrestre [la famille humaine de Jésus, l'incarnation, la lecture descendante de la scène] ; et la forme [semi-]circulaire consacre la moitié droite au domaine céleste [le symbole de l'agneau, les anges, la promesse du salut et le chemin du ciel, la lecture ascendante de la scène].
Et, au cœur de ce procédé narratif, se trouve le cercle vertueux qui exhorte la terre à épouser le ciel, et le ciel à épouser la terre.


Joyeux Noël, et Joyeuses Pâques !
01:00 Publié dans Mise en Kultur | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
20 mars 2008
Tiens, c'est amusant...
À la une du journal Métro du jour, on lit :
"Chantal Sébire a été retrouvée morte"
Un autre titre à quelques centimètres de là parle d'actualité littéraire :
"Érik Orsenna sublime sa douleur"
23:31 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



