statistiques

« Being Fromageplus. | Page d'accueil | Scoop ! »

23 octobre 2007

Silence, on prie.

À quoi bon la guérison si elle n'est pas la voie du salut, tout au moins son signe ?
C'est la question posée par le Christ lorsqu'il guérit dix lépreux venus à sa rencontre [Luc 17].

Les lépreux demandent à Jésus de prendre pitié d'eux. Il leur dit d'aller se montrer aux sacrificateurs. Ils s'y rendent, et, chemin faisant, ils constatent leur guérison miraculeuse ; mais un seul d'entre eux revient voir Jésus pour lui rendre grâce avec ferveur. Jésus lui dit alors "lève-toi, va ; ta foi t'a sauvé".

Guérir, la belle affaire, mais si la guérison n'est pas un signe, alors elle ne sert de rien. De l'opération du corps à l'opération spirituelle, il existe un lien ténu et réciproque. Jésus guérissait les aveugles pour que les âmes voient. Rendait valides les paralytiques pour qu'ils aillent propager la Bonne Nouvelle. Résuscitait les morts pour montrer le triomphe de la Vie Éternelle.

cfd60c436e3d1ba1ed68d3a11e9adbc0.jpgEn écoutant une brillante homélie sur ce passage de l'Évangile, je songeais aux nombreux hospices que comportent les régions de France, et que toute la chrétienté en général a établi sur son emprise. Toutes les grandes villes possédaient leurs hospices, de très nombreuses villes d'importance moyenne ou petite en comportaient aussi. Je connais par exemple les hospices de Lille et de Lyon, j'ai visité ceux de Beaune, j'en ai encore visité des dizaines d'autres, pour la simple raison qu'il y en partout, et que leur grande beauté les rend dignes d' "intérêt culturel", et sont donc ouverts au public.

En général, ils étaient fondés par des hommes ou des femmes de la noblesse, des puissants qui confiaient à des ordres religieux pléthoriques les entreprises de médecine populaire. La comtesse Jeanne à Lille, par exemple. De très nombreux donateurs, nobles, bourgeois ou autres participaient volontiers à leur financement. La charité était une réalité à l'œuvre dans la société.

95c570a589e8ff53b6bab0d8375c222d.jpgOn confiait ensuite à des architectes et des artisans le soin d'édifier des lieux dignes, sains, aérés, où chaque corps de métier réalisait le meilleur de son savoir-faire. Dallages polychromes, escaliers ornés, lambris sculptés, vitres et vitraux de grande qualité, voûtes peintes et plafonds dorés, coursives aux frises de pierre ou de brique, etc.
Le tout vivant sous le manteau protecteur de la foi, on occupait les lieux sous le regard permanent de fresques, de retables flamands ou italiens, de statues de bois ou de bronze, d'une somme d'artisanat d'une grande beauté, au service de la dévotion.

35b0828d2ca9452af6b54ccf5e55d9a6.jpgOn prenait soin de la chair du mieux qu'on pouvait, et l'on n'ignorait pas le message du Christ : on était aussi là pour prendre soin de son âme. On offrait à la contemplation des patients le désir de l'Espérance, des scènes et des textes rappelant que guérir n'était rien si l'âme était aussi corrompue que les plaies qu'on venait panser. Après tout, la médecine n'obéissait pas aux lois des techniciens de la santé modernes, on faisait avancer le savoir médical bon an mal an, et s'il fallait mourir, que ce fût en ayant expurgé son âme des péchés qui la noircissaient. La salle des malades était très souvent incluse dans le volume de la chapelle, afin qu'alité on puisse assister au saint sacrifice de la messe.

On soignait sa chair, on était invité à guérir son âme. La beauté orchestrait la charité.

Indiscutablement, l'âge moderne permit l'émergence d'une médecine infiniment plus fiable, mais ce qu'elle gagna en performance, elle le perdit mille fois en termes immatériels. La charité a cédé le pas à une "solidarité" désincarnée et bureaucratique.

Nous nous rétablissons et mourrons aujourd'hui dans des pièces glaciales, solitaires et nues. On déambule dans des corridors bleus pâles et roses pastels aussi chaleureux qu'un évier en zinc. Qu'offre-t-on au malheureux vieillard qui vient rendre son dernier souffle dans une chambre d'hôpital ? On lui parle de sa carte Vitale, de son taux de remboursement de frais de santé ; une infâme croûte orne son mur [une rivière bleue coulant sous un pont mauve à côté d'un saule rose-jaune dans un flouté "artistique" du pire mauvais goût], seule la télévision le divertit d'une souffrance de plus en plus indésirable dans notre siècle. Dans le meilleur des cas, une infirmière athée ou une assistante sociale lui tiendront la main au moment de rendre des comptes à son Créateur.

On finit par se rendre à l'évidence : l'efficience technique et biologique ne suffit plus. On pourrait repenser une manière de séjourner à l'hôpital, on pourrait offrir davantage aux humains qu'un cube de verre et de béton déguisé en linoléum pour abriter leur convalescence. On pourrait réconcilier le savoir-faire avec la transcendance.

On pourrait réhabiliter le salut par la beauté, mais on préfère embaucher des clowns pour qu'à tout prix on fasse oublier la gravité de notre sort : l'au-delà de notre mort et la grâce de notre vie.

1e2cb3feca82925ebe8217ee40600520.gif

Commentaires

Les clowneries dans les hôpitaux sont une agression infâme contre le statut du malade : ça ne soigne rien du tout (le rire ne guérit rien), c'est juste pour déposséder le malade de son statut et en faire un usager qui ferme sa gueule.
Lamentable...

Ecrit par : LBDD | 24 octobre 2007

LBDD,

Les clowns ne sont pas forcément "mauvais" en soi, mais ils sont là pour divertir, c'est à dire pour détourner l'attention. Je crois que c'est un signe de plus que l'époque abandonne les questions fondamentales au profit de succédanés superficiels.

En extrapolant, c'est la même chose qui se passe pour le statut de la famille : les lobbies homosexuels ne sont que des clowns servant à détourner les gens des problématiques fondamentales, à savoir le sacré et la durabilité qui est présent au sein d'une vraie famille. On finit par transformer la question familiale en problématique législativo-bureaucratique.
[À l'heure où tout doit être "durable", le libéralisme sexuel, sentimental et social est loin d'avoir opéré sa réforme.]

Ecrit par : fromageplus | 24 octobre 2007

Votre papier est limpide, j'ajouterai que ces hospices étaient comme un réceptacle de la Passion du Dieu Chrétien pour les hommes, car si Jésus est affecté par les tourments des hommes, en retour cette sollicitude inscrit le corps dans un au-delà et une méditation qui donne sens à sa lente destruction, aujourd'hui la maladie est dysfonctionnement, la déliquescence une sorte de bug terminal et les blouses blanches décident de débrancher quand le malade n'en peut plus (bientôt on fera un rapport qualité-prix mais sans l'exposer sous cette forme), j'ai donc un doute sur ce type de "progrès"

Ecrit par : kaarlo/pKK | 24 octobre 2007

Les clowns d'hôpitaux ne sont là que pour divertir les enfants. Difficile de faire intégrer aux parents les bienfaits de la souffrance, ils veulent bien avorter des centaines de fois sans douleur par la grâce de la chimie moderne, considérant qu'un embryon n'a rien d'humain, mais l'enfant unique qu'ils sauveront de cette vallée de cadavres devra survivre à tout prix. Etrange civilisation, ne croyant que ce qu'elle voit, ignorant que le tétard deviendra grenouille (de bênitier), elle veut bien s'attendrir sur un chien aveugle, ou un chanteur alcoolique, mais le génocide de foetus ne saurait lui arracher une larme.

Ecrit par : Yann | 24 octobre 2007

Cela fait longtemps que chez nous la médecine n'est plus une affaire d'homme. Alors Dieu, vous pensez bien!...

Ecrit par : aldeaselva | 25 octobre 2007

C'est toujours étonnant de voir des quidams convaincus de leur grande sagesse donner avis et conseils sur des situations dont ils ignorent tout.

Ecrit par : Antoine Block | 28 octobre 2007

Antoine,
Dois-je comprendre que je suis le quidam en question ?

Ecrit par : fromageplus | 29 octobre 2007

Je ne vous visais pas particulièrement, mais plutôt l'ensemble des commentateurs qui abondent dans une touchante unanimité sans que l'on sache très bien d'où ils tirent d'aussi solides certitudes.

Ecrit par : Antoine Block | 29 octobre 2007

"d'où ils tirent d'aussi solides certitudes."


Du bon sens peut-être ?

Ecrit par : Nebo | 04 novembre 2007

"une infirmière athée"... arf

ça pue la mort, chez vous, putain. son Créateur, transcendance, rendre des comptes... dans quel monde tu vis, vieux ?

faut arrêter de croire que le monde de papa et maman est le seul : la plupart s'en branlent aujourd'hui du pseudo-Créateur. y z'ont d'autres problèmes en tête, d'autres questions. et y z'ont raison.

Ecrit par : Exmécréant | 15 novembre 2007

Exmécréant,

Oui oui, c'est exactement ce que je dis : "ils" ont pour préoccupation le "taux de remboursement des frais de santé", la "carte Vitale" [tout un programme, un nom pareil], les "formulaires d'admission", le "cumul des jours de congés-maladie", les "frais de dossier", le "conseiller personnel de la Mutuelle", les "clauses santé du contrat d'assurance", les résultats d'analyses des anapath pour toute espérance de vie.
Mais vous avez raison, la vie est bien plus vivante quand on la voit sous ce jour là...

Ecrit par : fromageplus | 15 novembre 2007

Exmécréant dit :

"...dans quel monde tu vis, vieux?"

Visiblement, Fromageplus, vous vivez dans ce monde sans être du monde...Quel bonheur, poursuivez par pitié!

Ecrit par : Ourko | 18 novembre 2007

Ecrire un commentaire