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06 mai 2008

Puisqu'on en parle.

On a coutume de dire que le Réactionnaire est volontiers passéiste ou rétrograde, qu'il n'aime ni le changement ni le progrès, qu'il frise avec les intégrismes ou les fanatismes, ou encore qu'il conspue l'idéal démocratique et nie l'humanisme. On dit encore bien des choses, on en sous-entend davantage, on observe par le petit bout de la lorgnette l'ennuyeux enculage de mouches qui tient le monde moderne en haleine, on échafaude aussitôt des procès : grand-boutiens et petit-boutiens se livrent une guerre sans merci sous les cieux de Lilliput.

On oublie de dire, au prix d'une audacieuse lapalissade – voici où nous en sommes rendus – que le Réactionnaire réagit.

Foin d'une quelconque sclérose de l'esprit, la Réaction est un salut hors de l'enfer que nous promettent les utopistes enragés et les ravis-de-la-crèche consensuels.

La Réaction témoigne avant tout d'un attachement supérieur à la liberté en ce sens qu'il convient de n'adhérer pas, et de toujours trouver au cœur des tourments temporels l'irréductible et nécessaire Lumière. On n'impose rien au Réactionnaire qui ne soit soumis à l'exigence de la liberté, de la vérité, et de la beauté.

Commentaires

C'est en effet la base.

Ecrit par : xyr | 07 mai 2008

"Le réactionnaire réagit". Pour moi, c'est ce qui le différencie du conservateur: alors que l'un ne fait que suivre la voie imposée en maugréant et en freinant des pieds, l'autre part à contre-sens pour emprunter son propre chemin.

Ecrit par : nanard | 07 mai 2008

Bonjour Fromage. Cette note me rappelle une de nos conversations.

Ecrit par : All | 07 mai 2008

Etre réactionnaire est un acte de légitime défense politique.

Ecrit par : Radovan | 07 mai 2008

Ben mon cher Fromage, je pense que, plus que réagir, ce qui compte, c'est d'agir ! Et malheureusement, je crains que nos amis réactionnaires soient tout sauf actifs ! Certes, ils s'épanchent sur le net, nous font part de leurs réactions sur ce qui les entoure, de leurs pensées profondes, de leur dégoût, de leurs haines parfois recuites... Mais quelles actions ?

De plus, leurs analyses ne sont-elles pas souvent le fruit d'une maturation de leur environnement et des réactions sur ce que l'actualité leur inspire ? N'y a-t-il jamais une pensée spontanée, une proposition, une construction autonome qui ne doive rien au mouvement actuel des idées et qui ne puise pas son inspiration dans la mäelstrom contemporain, en le poursuivant ou, le plus souvent effectivement, en le contrant ?

Et du coup, ce qui avance, ce qui agit, ce qui construit, c'est le monde qui nous entoure et qui se fout éperdument de nos dénonciations à deux balles, de nos réactions épidermiques qui ne sont que des soubresauts sans intérêts, des masturbations intellectuelles dont la semence se perd dans la poussière et qui n'ont d'autre fruit que la satisfaction de ceux qui l'ont produite voire des qq uns qui en ont recueilli une éclaboussure...

Alors où sont les réactifs, ceux qui agissent en dégainant les premiers ? Où sont les proactifs, ceux qui ont une idée en tête, qui la mettent en oeuvre sans attendre qu'on leur propose quoi que ce soit pour s'inscrire en réaction ?

Bref, sommes-nous des bâtisseurs d'espérance, de ceux qui lancent les initiatives et les mouvements, de ceux qui font les civilisations et les cultures, la vie et les lignées, les chefs d'oeuvre et l'Histoire, de ceux dont les actions vivent dans le rire des enfants qui leur succèdent ? Ou nous contentons-nous de faire survivre un ordre ancien, auquel nous voulons retourner, comme des archéologues... et notre pauvre réaction ne serait-elle qu'une triste rétroaction, un retour vers le vintage, un truc hype pour happy few contents de se retrouvent entre eux mais ne souhaitant surtout pas partager, s'ouvrir, s'élever ?

Voulons-nous rester indéfiniment à ressasser le passé pour nos enfants, incapables que nous sommes de leur proposer un présent et encore moins de les aider à bâtir un avenir ?

Et avons-nous totalement oublié qu'être un catho réactionnaire, c'est en réalité être capable de proposer à nos contemporains, soudés à leur quotidien horizontal, une dimension verticale qui est celle de Dieu et de la foi car, par l'espérance, nous pouvons tous être sauvés...

Ecrit par : Antoine | 07 mai 2008

Antoine,

Je suis entièrement d'accord avec vous, mais voyez l'immensité de la tâche à accomplir ! J'avais tenté de réunir les bonnes volontés suite à divers appels de la "réacosphère", mais c'est resté lettre morte, et en grande partie à cause de ma propre indisponibilité !

La question, cher Antoine, c'est : Que faire ? Que faut-il faire pour infiltrer la sphère publique ? Je songe parfois à l'engagement politique, mais j'y renonce sitôt que je fais ce constat : il s'agit avant toute chose de serrer les mains qu'on honnit et de tirer dans les pattes de ses propres correligionnaires. La politique est un milieu puant, dans lequel on entre très tôt ou l'on n'entre jamais. Sauf si l'on a une bande de copains bien placés, bien entendus.

J'ose espérer que mon simple petit blog fait son œuvre de fourmi. Je sais que quelques personnes y ont trouvé consolation dans notre moyen âge moderne, je sais que c'est une œuvre insuffisante, mais enfin c'est toujours un mouvement contre le silence et contre le consentement du troupeau.

Je lisais il y a quelques jours que certains membre de la "réacosphère" s'étaient retrouvés autour d'un verre à Paris [j'étais alors en Chine] ; je devine qu'ils se sont échangé des sympathies et des bons mots, je devine aussi qu'aucun de ces chevaliers-dandies n'abdiquera de sa liberté pour rejoindre une initiative collective – donc faite de compromissions et d'abandons.

Le Grand Charles l'expliquait clairement récemment : le positionnement idéologique de la "réacosphère" est intenable socialement. Le climat de normalisation politique est écrasant sous nos climats, on risque très gros pour un mot de travers...

Ecrit par : fromageplus | 07 mai 2008

Antoine,
J'aime votre dernier paragraphe qui est en fait le coeur du sujet à mon avis, mais justement, dans cette optique là, j'ai du mal à concevoir ce que nous pourrions faire de plus que conserver notre faculté de penser, notre esprit critique, notre savoir et notre goût. Cette tâche individuelle n'est rien face à l'immensité du travail qui attend ceux qui veulent s'attacher à "reconstruire", je sais bien, mais elle me semble la seule à notre portée.
J'ai cité De Corte à ce sujet (Christianisme et civilisation moderne), parce que je persiste à penser qu'on ne changera pas nos contemporains, qui sont des morts-vivants. C'est à dire qu'on ne les convertira pas, et on les rendra pas moins lourds. Alors autant ne faire que maintenir, en attendant l'heure de Dieu.

Ecrit par : La voix dans le desert | 07 mai 2008

Cher F+ et UnaVoce, vous réagissez à mes propos en politiques ! Et en politiques de droite ! Vous voudriez reconstruire une société, une civilisation, une culture... Mais la tâche nous dépasse effectivement !
Ce qui compte, c'est de faire qq chose à son niveau... de faire un travail en relation avec nos préoccupations : a contrario, je suis choqué de voir que les meilleurs financiers actuels, les meilleurs traders sont des gens du milieu catho-tradi de droite... Alors que nous devrions tous être dans l'enseignement !

Perso, je me suis donné les moyens de vivre une vie de paysan, de proposer des produits sains, de valoriser la nature et la création et de "maintenir" comme dit UnaVoce, un métier d'agriculteur qui fait toute sa place à Dieu dans mon travail et mon produit. C'est cela qui me semble essentiel : pas d'inventer un monde entier ou de le refaire (on sait que cela ne profite qu'aux marchands de tabac et d'alcool !) mais de trouver une activité qui participe, comme une fourmi, à la construction de qq chose de positif et d'y amener Dieu, c'est à dire tout, pour faire rayonner.

Mais nous nous stérilisons nous-mêmes en voulant faire qq chose de global, de grandiose, de systémique : un combat épique du bien contre le mal, une lutte intégrale, une remise en cause absolue... Mais foin de la grandiloquence : construisons au quotidien, patiemment, modestement et peut-être que Dieu transformera notre humble mobilisation pour faire sortir de toutes ces petites actions individuelles qq chose de collectif qui sert Sa gloire : c'est la communion des Saints...

Ecrit par : Antoine | 07 mai 2008

Antoine,
Je laisse fromageplus répondre en ce qui le concerne, mais je maintiens bien que c'est en catholique que je vous réponds, et pas en "homme politique" (autant qu'une telle formulation ait un sens, hein). Et c'est d'ailleurs parce que je suis catholique que je suis politique. S'il ne faut pas prostituer la religion pour la réduire à des considérations matérielles (civilisation, mode de vie, bases intellectuelles), ne vouloir considérer que sa mystique sans liens dans la vie naturelle, c'est faire dans l'angélisme. Un point pour moi.

Votre méthode d'action reste individuelle, elle n'est donc pas marqué du sceau de la trahison perpétuelle comme celle des autres besogneux imbéciles qui fourmillent actuellement. Un point pour vous.

Ecrit par : La voix dans le desert | 07 mai 2008

OK, UnaVoce ! mais est-ce qu'une somme d'actions individuelles ne peuvent pas faire un mouvement collectif ? Bref, on a l'impression de jouer à "un, deux, trois, soleil" : le premier qui bouge a perdu !
On devrait s'inspirer des mouvements d'action catholique italiens et de la démocratie chrétienne de ce pays. J'ai détesté "le Cheval rouge" d'Eugenio Corti (roman mal écrit, mal ficelé...) mais sa description de la politique catholique est passionnante et instructive : tout ce qu'on n'a pas réussi en France, paralysés par l'AF et le rejet des propositions de Léon XIII...

Mais je ne voudrais pas que mon action reste individuelle : si elle pouvait être aussi au service de l'espérance ce serait mieux...

Ecrit par : Antoine | 07 mai 2008

Moi j'aime la façon d'agir d'Antoine. La mer, ce n'est jamais que des millions et des millions de gouttes réunies. Si chacun, à son niveau fait les petites choses qu'il peut faire, si nous nous entraidons entre personnes ayant les mêmes buts, alors le monde ira mieux. Avec l'aide de Dieu bien sûr. Noublions pas les 5 pains et les 2 poissons.

Ecrit par : Barbara | 08 mai 2008

«Ne t'occupe pas d'être moderne. C'est l'unique chose que malheureusement, quoi que tu fasses, tu ne pourras pas éviter d'être.» (Salvador Dali)

La réaction est greffée sur la modernité comme une lamproie sur sa victime. De sorte que le débat réactionnaire/progressiste est en grande partie faussé dans la mesure où nous sommes tous embarqués dans le même bateau. Certes le réactionnaire réagit contre la modernité mais il ne peut pas s'empêcher de la singer. Il est piquant de constater combien les réacs maîtrisent les techniques modernes de communication à la perfection. La réaction est une attitude, une revendication de liberté mais elle n'est pas que cela. Si la modernité est une utopie, la réaction est une contre-utopie, car elle ne peut se contenter de rester dans la protestation gratuite. Et c'est là qu'elle tombe dans le piège de sa radicalité, comme le montre l'exemple de l'Action Française, qui s'est noyée dans le marécage de Vichy. On n'échappe pas à l'enfer de la politique, à moins de se complaire dans la posture de la "belle âme".

Ecrit par : Signator | 08 mai 2008

Antoine,
La démocratie chrétienne, c'est un attrape nigaud. Une action sans principe. Vous êtes encore bourré d'espoir, dites moi ? Vous croyez que l'on peut encore construire quelque chose à l'heure actuelle ? Moi, je ne suis pas démocrate-chrétien, alors je n'agit pas en démocrate chrétien. Si j'avais vécu en 1936, j'aurais été dans l'armée de Franco, admettons. Aujourd'hui, je ne milite pas contre l'avortement, je donne mon argent à des associations pour sauver les enfants qui peuvent l'être. Nuance, évidemment.
Nous n'avons pas la même appréciation des choses, je pense. Je n'ai plus d'espoir, et de toute façon, même si j'en avais, je n'agirais pas pour le plaisir.

Barbara,
Formulé de la sorte, personne ne vous contredira.

Signator,
Donc, l'homme politique n'a d'autre choix que de se compromette ou alors attendre la véritable "divine surprise" ? Si oui, nous sommes d'accord.

Ecrit par : La voix dans le desert | 08 mai 2008

Désolé d'être hors sujet, Fromageplus, mais je ne fais que passer pour vous proposer de la musique bien keupon : Gogol Bordello

http://fr.youtube.com/watch?v=p_81l4DXlwM

http://www.gogolbordello.com

C'est festif et ça vous donne des envies de beuverie. J'espère que vous aimerez !

Ecrit par : Bruno | 10 mai 2008

C'est vraiment fromidable [sic] !
Il n'y a qu'ici qu'on peut lire quelqu'un déclarer benoîtement :
"Si j'avais vécu en 1936, j'aurais été dans l'armée de Franco".

Ecrit par : Antoine Block | 12 mai 2008

Antoine,
Oui, tout devient possible !

Ecrit par : fromageplus | 12 mai 2008

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